La Pain Reprocessing Therapy (PRT), ou thérapie de reconditionnement de la douleur, est une approche psychothérapeutique développée pour accompagner certaines douleurs chroniques primaires ou à prédominance nociplastique.
La douleur nociplastique est définie par l’International Association for the Study of Pain comme une douleur résultant d’une altération de la nociception, sans preuve claire d’une lésion tissulaire ou d’une atteinte du système somatosensoriel susceptible de l’expliquer entièrement. Des mécanismes nociplastiques, nociceptifs et neuropathiques peuvent néanmoins coexister chez une même personne. Consulter la définition de l’IASP
La PRT s’appuie sur la capacité du cerveau et du système nerveux à apprendre, à s’adapter et à modifier leurs réponses. Chez certains patients, la douleur peut persister alors que les tissus ont cicatrisé ou en l’absence de lésion permettant d’expliquer son intensité et sa durée. Le système de protection peut alors continuer à produire un signal d’alarme devenu disproportionné ou inutile.
La douleur est bien réelle : elle n’est ni inventée ni « dans la tête ». La PRT vise à aider le cerveau à interpréter certaines sensations corporelles comme non dangereuses afin de diminuer progressivement les réponses de peur, de protection et d’évitement qui peuvent entretenir la douleur.
La prise en charge commence par une évaluation destinée à déterminer si la douleur présente probablement une composante nociplastique et si cette approche correspond à la situation du patient.
Selon les protocoles étudiés, la PRT associe notamment :
une information personnalisée sur les mécanismes de la douleur et la neuroplasticité ;
la réévaluation des croyances associant systématiquement la douleur à une lésion ou à un danger ;
l’observation des sensations corporelles dans un contexte de sécurité, appelée somatic tracking ;
une exposition progressive aux mouvements, sensations ou activités auparavant redoutés ;
la diminution de la peur de la douleur et des comportements d’évitement ;
la prise en compte du stress, des émotions et des autres facteurs susceptibles d’augmenter le niveau de menace perçu ;
le développement d’un sentiment de sécurité, d’émotions positives et d’autocompassion.
La PRT ne consiste pas à nier la douleur, à l’ignorer ou à forcer le patient à effectuer un mouvement. Elle cherche à lui permettre d’expérimenter progressivement et en sécurité une nouvelle relation avec ses sensations.
L’essai clinique principal The Boulder Back Study, publié dans JAMA Psychiatry, a inclus 151 adultes souffrant de lombalgie chronique primaire. Les participants ont été répartis entre un programme de PRT, une injection placebo réalisée en ouvert et les soins habituels.
Le programme comprenait une consultation d’évaluation et d’information avec un médecin, suivie de huit séances de PRT pendant quatre semaines.
À la fin du traitement :
66 % des participants du groupe PRT déclaraient une douleur absente ou presque absente, soit un score de 0 ou 1 sur 10 ;
cette proportion était de 20 % dans le groupe placebo ;
elle était de 10 % dans le groupe recevant les soins habituels.
La douleur moyenne après le traitement était de 1,18 sur 10 dans le groupe PRT, contre 2,84 dans le groupe placebo et 3,13 dans le groupe soins habituels. Les bénéfices étaient globalement maintenus après un an.
Les analyses ont également montré que la réduction des croyances associant la douleur à une lésion participait à l’amélioration. Des modifications de l’activité et de la connectivité cérébrales ont été observées en IRM fonctionnelle. Elles constituent des corrélats neurobiologiques du traitement, mais ne représentent pas un outil diagnostique individuel. pmc.ncbi.nlm.nih.gov
Lire l’étude complète – Ashar et al., 2022
Un suivi publié en 2025 a recueilli les données de 113 des 151 participants de l’essai initial.
Parmi les personnes ayant répondu au suivi, 55 % des participants initialement affectés à la PRT se déclaraient sans douleur ou presque sans douleur cinq ans plus tard, contre 26 % dans le groupe placebo et 36 % dans le groupe soins habituels.
Des résultats favorables ont également été observés concernant le retentissement de la douleur, la peur du dommage, la dépression et la colère.
Lire le suivi à cinq ans – Ashar et al., 2025
Une étude pilote ouverte a évalué une version brève de la PRT, composée de trois séances en visioconférence, auprès de 35 adultes atteints de fibromyalgie. Trente-trois participants ont terminé le programme.
Des diminutions de la douleur, de son retentissement et de la peur liée à la douleur ont été observées jusqu’à trois mois. À cette échéance, 42,3 % des participants ayant terminé le programme se déclaraient « nettement » ou « très nettement » améliorés.
Lire l’étude – Sturgeon et al., 2025
Une analyse réalisée auprès des participants disposant de données à six mois a également observé une amélioration de la fatigue, de l’anxiété et, dans une moindre mesure, de la dépression.
Lire l’analyse complémentaire – Sturgeon et al., 2026
Un essai pilote randomisé publié en 2026 a comparé la PRT à un programme de psychoéducation chez 53 adultes présentant des douleurs chroniques diffuses.
La PRT s’est révélée réalisable et acceptable. Des évolutions favorables ont été observées concernant la douleur, son retentissement fonctionnel et le bien-être psychologique.
Lire l’étude – Sit et al., 2026
Une étude pilote non contrôlée a évalué huit séances de PRT en groupe et à distance auprès de 46 vétérans souffrant de douleurs chroniques dorsales ou cervicales.
Lire l’étude – Wynia et al., 2026
Plusieurs publications issues de l’essai principal ont exploré les mécanismes pouvant contribuer à l’amélioration :
la réattribution de la douleur à des processus cérébraux réversibles était associée à une diminution de son intensité : Ashar et al., 2023 ;
les patients ont notamment décrit l’importance de la diminution de la peur, de la compréhension des liens entre douleur, stress et émotions, ainsi que de la relation thérapeutique : Tankha et al., 2023 ;
des modifications de la matière grise ont été observées dans certaines régions cérébrales impliquées dans la modulation de la douleur, sans qu’elles expliquent statistiquement l’amélioration clinique : Murillo et al., 2026 ;
de faibles modifications de l’hypersensibilité auditive et de l’activité préfrontale ont également été relevées : étude publiée en 2026.
La PRT est principalement envisagée lorsqu’une évaluation médicale indique que les symptômes comportent probablement une composante nociplastique.
Elle ne remplace pas le bilan médical, le diagnostic différentiel ni les traitements nécessaires lorsqu’une cause nociceptive, neurologique, inflammatoire, infectieuse, oncologique ou viscérale est identifiée ou suspectée.
La présence d’une anomalie anatomique n’exclut pas nécessairement une composante nociplastique.
La PRT s'inscrit dans une prise en charge individualisée et pluridisciplinaire, en collaboration avec les différents professionnels qui accompagnent le patient.
Voir le documentaire de l'Université d'Oslo dans la partie "film documentaire" du site
Une présentation médicale de la PRT en français a été publiée en 2026 dans la Revue Médicale Suisse :
Une revue clinique consacrée aux fondements, à l’application et aux limites actuelles de la PRT est également accessible en anglais :
Pain Reprocessing Therapy – Rethinking Pain – Kallweit et Schubiner, 2025
Dernière actualisation de la bibliographie : 16 octobre 2026.
L’Emotional Awareness and Expression Therapy (EAET), ou thérapie de prise de conscience et d’expression des émotions, est une approche psychothérapeutique développée notamment par le professeur Mark A. Lumley, psychologue et chercheur, et le Dr Howard Schubiner, médecin interniste.
Elle a été conçue pour accompagner les personnes présentant des douleurs chroniques primaires ou nociplastiques et d’autres symptômes physiques persistants.
L’EAET s’appuie sur les neurosciences de la douleur, les thérapies centrées sur les émotions, les approches psychodynamiques et certains principes des thérapies d’exposition.
Elle permet d’explorer les interactions entre les symptômes physiques, le stress, les émotions, les expériences de vie et les relations interpersonnelles. Son objectif est d’aider la personne à réduire l’état de menace et les réponses de protection entretenus par le cerveau et le système nerveux.
La douleur est réelle. L’EAET ne remet pas en question les symptômes ressentis : elle propose d’agir sur certains des mécanismes qui peuvent contribuer à leur persistance.
L’EAET aide progressivement la personne à :
comprendre les interactions entre le cerveau, le système nerveux, la douleur, le stress et les émotions ;
identifier les situations ou expériences qui entretiennent un sentiment de menace ;
reconnaître plus précisément ses émotions ;
diminuer la peur et l’évitement des sensations corporelles et émotionnelles ;
expérimenter et exprimer de manière adaptée certaines émotions jusque-là inhibées ;
travailler sur les émotions associées à des événements difficiles ou à des conflits non résolus ;
développer une communication plus authentique et plus affirmée ;
renforcer l’autocompassion, les limites personnelles et le sentiment de sécurité ;
modifier progressivement les réponses apprises du cerveau et du système nerveux.
Le travail peut inclure de l’écriture expressive, de l’imagerie, des exercices expérientiels, des jeux de rôle, la technique de la chaise vide, l’exposition émotionnelle et la préparation d’une communication plus saine dans les relations.
L’objectif n’est pas simplement de parler des émotions, mais d’apprendre à les reconnaître, à les ressentir, à comprendre les informations qu’elles transmettent et à les exprimer de manière constructive.
L’EAET a notamment fait l’objet de recherches auprès de personnes présentant :
une fibromyalgie ;
des douleurs musculosquelettiques chroniques ;
des douleurs dorsales ou cervicales persistantes ;
un syndrome de l’intestin irritable ;
des douleurs urogénitales ou pelviennes chroniques ;
des symptômes physiques persistants ;
des migraines ou des céphalées chroniques.
Un essai contrôlé randomisé a étudié l’EAET auprès de 230 adultes atteints de fibromyalgie. Les participants ont suivi huit séances de groupe consacrées à l’EAET, à une thérapie cognitivo-comportementale ou à un programme d’éducation sur la fibromyalgie.
L’EAET a produit de meilleurs résultats que l’éducation sur les symptômes globaux, les douleurs diffuses, le fonctionnement physique, les difficultés cognitives, l’anxiété, la dépression, les émotions positives et la satisfaction dans la vie.
Parmi les participants ayant reçu l’EAET, 34,8 % se déclaraient « nettement » ou « très nettement » améliorés, contre 15,4 % dans le groupe éducatif.
Une réduction d’au moins 50 % de la douleur a été obtenue par 22,5 % des participants du groupe EAET, contre 8,3 % dans le groupe TCC.
Lire l’étude complète – Lumley et al., 2017
Une première étude randomisée publiée en 2020 a comparé l’EAET à une thérapie cognitivo-comportementale auprès de 53 vétérans âgés présentant des douleurs musculosquelettiques chroniques.
Après le traitement :
41,7 % des participants ayant reçu l’EAET avaient obtenu une réduction de la douleur supérieure à 30 % ;
un tiers avait obtenu une réduction supérieure à 50 % ;
12,5 % avaient obtenu une réduction supérieure à 70 %.
Consulter l’étude – Yarns et al., 2020
Un essai clinique publié en 2024 dans JAMA Network Open a comparé l’EAET à la TCC auprès de 126 vétérans âgés de 60 à 95 ans présentant des douleurs musculosquelettiques chroniques.
Chaque programme comprenait une séance individuelle suivie de huit séances de groupe.
À la fin du traitement :
63 % des participants du groupe EAET avaient obtenu une réduction de la douleur d’au moins 30 %, contre 17 % dans le groupe TCC ;
35 % avaient obtenu une réduction d’au moins 50 %, contre 7 % dans le groupe TCC.
À six mois, environ 40 % des participants du groupe EAET conservaient une réduction d’au moins 30 % de leur douleur, contre 14 % dans le groupe TCC.
L’EAET a également obtenu de meilleurs résultats concernant l’anxiété, la dépression, la satisfaction de vie, les symptômes de stress post-traumatique et l’impression globale d’amélioration.
Lire l’étude complète – Yarns et al., 2024
Un essai randomisé a inclus 106 adultes présentant un syndrome de l’intestin irritable. Les participants ont reçu trois séances individuelles d’EAET, trois séances de relaxation ou ont été placés sur liste d’attente.
À dix semaines, l’EAET avait significativement diminué la sévérité des symptômes digestifs par rapport à la liste d’attente. La qualité de vie des participants s’était également améliorée.
Lire l’étude – Thakur et al., 2017
Une étude randomisée menée auprès de 75 patients présentant des symptômes physiques persistants a évalué une consultation de 90 minutes consacrée aux événements de vie, au stress et à l’expression émotionnelle.
Six semaines plus tard, les participants ayant bénéficié de cet entretien rapportaient une diminution de la douleur, de son retentissement, des troubles du sommeil et des symptômes psychologiques.
Lire l’étude complète – Ziadni et al., 2018
Un essai randomisé a étudié un entretien de 90 minutes auprès de 62 femmes souffrant de douleurs urogénitales chroniques.
À six semaines, les participantes ayant bénéficié de l’entretien rapportaient une diminution de l’intensité de la douleur et des symptômes du plancher pelvien.
Lire l’étude – Carty et al., 2019
Une première étude a évalué un programme d’EAET en ligne auprès de 52 personnes présentant des symptômes somatiques persistants. Une réduction importante des symptômes somatiques a été observée et maintenue quatre mois après le programme.
Lire l’étude – Maroti et al., 2021
Un essai randomisé ultérieur a comparé un programme d’EAET en ligne de dix semaines à une liste d’attente chez 74 participants. Les symptômes somatiques ont diminué après le programme et l’amélioration était maintenue quatre mois plus tard. La douleur, la dépression, l’insomnie et l’anxiété se sont également améliorées à la fin du traitement.
Consulter l’étude – Maroti et al., 2022
En 2026, une étude portant sur 154 personnes présentant des symptômes physiques persistants a comparé une EAET en ligne accompagnée par un thérapeute à la même intervention suivie en autonomie.
Les deux formats ont entraîné une amélioration. À la fin du programme, 47,2 % des participants accompagnés répondaient aux critères d’amélioration, contre 29,6 % dans le programme autonome.
Lire l’étude – Maroti et al., 2026
Un essai randomisé publié en 2026 a évalué huit séances d’EAET en ligne auprès de personnes souffrant de migraine.
Consulter l’étude – Kaufmann et al., 2026
Une autre étude a évalué une adaptation de l’EAET auprès de 33 patients suivis dans un centre spécialisé dans les céphalées.
Le nombre moyen de jours de céphalée est passé de 20,8 à 15,5 jours par mois. Des améliorations du handicap lié aux céphalées, de la dépression et de la santé mentale ont également été observées.
Lire l’étude – Zamir et al., 2026
L’EAET peut s’inscrire dans une prise en charge individualisée et pluridisciplinaire des douleurs nociplastiques et des symptômes persistants.
Le travail ne porte pas nécessairement sur un traumatisme majeur. Il peut également concerner des expériences quotidiennes, des relations difficiles, le deuil, la culpabilité, le perfectionnisme, l’affirmation de soi ou la difficulté à poser des limites.
L’accompagnement est adapté à l’histoire, aux besoins et au rythme de chaque personne.
Un vaste essai portant sur un maximum de 460 adultes souffrant de douleurs chroniques dorsales ou cervicales compare actuellement :
l’EAET ;
la thérapie cognitivo-comportementale ;
l’ACT, ou thérapie d’acceptation et d’engagement ;
les soins habituels.
Les trois approches sont proposées individuellement en visioconférence pendant huit semaines. Cette étude permettra de comparer leurs résultats, leurs mécanismes d’action et les profils de patients répondant le mieux à chaque approche.
Consulter le protocole de l’étude
Une revue scientifique présente les fondements, les techniques et les études consacrées à l’EAET :
Emotional Awareness and Expression Therapy for Chronic Pain – Lumley et Schubiner, 2019
Dernière actualisation de la bibliographie : 16 octobre 2026.