Conscience émotionnelle et autres processus émotionnels : implications pour l’évaluation et le traitement de la douleur chronique, un article proposé par Jasmine Wilson le 08/09/2026
Adaptation française par l’AFDSN à partir de l’article de Mark A. Lumley, Howard Schubiner et collègues (2021).
La douleur chronique est toujours réelle. Elle n’est ni imaginée, ni « dans la tête ». Pourtant, la recherche montre aujourd’hui que le cerveau, le système nerveux, les émotions, le stress et l’histoire de vie peuvent, chez certaines personnes, participer à l’apparition ou au maintien de douleurs et de symptômes persistants.
Un article publié en 2021 par Mark Lumley, Howard Schubiner et leurs collègues aide à mieux comprendre ce lien. Les auteurs s’intéressent à la conscience émotionnelle et à son rôle possible dans certaines douleurs chroniques.
Une émotion n’est pas seulement une pensée, ni seulement une sensation physique. Elle correspond à une expérience globale, qui peut inclure des changements dans le corps, une interprétation de ce qui se passe, un ressenti subjectif et une tendance à agir.
La peur peut par exemple s’accompagner d’un cœur qui accélère, de tensions, d’une respiration plus courte et d’un besoin de se protéger. La colère peut se manifester par une chaleur dans le corps, une mâchoire serrée ou une envie de protester. La tristesse peut s’accompagner de fatigue, de larmes ou d’un poids dans la poitrine.
Ces réactions ne sont pas des faiblesses : elles font partie du fonctionnement normal du système nerveux.
Les auteurs font une distinction importante entre reconnaître intellectuellement une émotion et pouvoir réellement la ressentir, la nommer précisément, comprendre dans quel contexte elle apparaît et lui laisser une place.
Une personne peut parfaitement dire : « Je sais que cette situation me met en colère », tout en ayant appris à minimiser cette colère, à la contenir, à ne pas l’exprimer ou à ne pas la ressentir pleinement. Cela peut arriver lorsqu’une émotion a longtemps été perçue comme inacceptable, dangereuse ou susceptible de menacer une relation importante.
Cette difficulté n’est pas volontaire. Elle constitue souvent une stratégie de protection, apprise au fil de l’histoire personnelle.
Les personnes vivant avec une douleur persistante ressentent fréquemment de l’anxiété, du découragement, de la frustration ou de la tristesse face à leurs symptômes. Ces émotions sont légitimes et peuvent être très éprouvantes.
L’article distingue toutefois ces émotions secondaires - c’est-à-dire les réactions à la douleur elle-même - d’émotions plus directement liées à des expériences de vie ou à des situations actuelles importantes : peur, colère, chagrin, culpabilité, vulnérabilité, besoin de protection, sentiment d’injustice ou difficulté à poser ses limites.
Cette distinction ne signifie pas qu’il faut chercher à tout prix une émotion « cachée » derrière chaque douleur. Elle invite plutôt à devenir curieux des liens éventuels entre les symptômes, les périodes de stress, les conflits, la pression, les pertes ou certaines situations relationnelles.
Chez certaines personnes, notamment lorsque les douleurs ou symptômes persistent sans lésion ou maladie active suffisante pour les expliquer, le système nerveux peut devenir très sensible aux signaux de danger.
Des tensions émotionnelles, des conflits non résolus, des souvenirs difficiles ou un état de stress prolongé peuvent alors contribuer à entretenir cette alerte. Cela ne veut pas dire que les émotions « inventent » la douleur. Cela signifie que le cerveau et le système nerveux, qui participent à la production de toute douleur, peuvent parfois continuer à envoyer des signaux de douleur ou de symptômes alors que le corps n’est pas en danger.
La douleur reste donc physique, réelle et parfois très intense.
Les auteurs soulignent l’intérêt de développer une conscience émotionnelle plus fine et moins jugeante : apprendre à remarquer ce qui est présent, mettre des mots sur son vécu, reconnaître les besoins ou les limites qui ont été mis de côté, et comprendre comment certaines situations affectent le corps.
Cette approche ne consiste pas à se forcer à revivre des événements difficiles, ni à « vider » ses émotions sans cadre. Elle consiste à créer progressivement suffisamment de sécurité pour pouvoir ressentir et traiter ce qui a été évité, lorsque cela est pertinent.
Les auteurs évoquent notamment la thérapie de prise de conscience et d’expression émotionnelles, ou EAET (Emotional Awareness and Expression Therapy). Cette approche travaille les liens entre douleur, émotions, stress et relations, tout en s’appuyant sur les connaissances en neurosciences de la douleur.
Les émotions ne sont pas la cause de toutes les douleurs chroniques. Une évaluation médicale reste essentielle afin d’identifier ou d’écarter les causes structurelles, inflammatoires, neurologiques ou autres nécessitant une prise en charge spécifique.
Mais lorsque la douleur est influencée par des mécanismes de sensibilisation centrale ou de neuroplasticité, prendre en compte le vécu émotionnel peut offrir une voie complémentaire. Pour certaines personnes, comprendre ces mécanismes permet de réduire la peur associée aux symptômes et de retrouver progressivement davantage de liberté dans leur vie.
La douleur mérite toujours d’être prise au sérieux. Mieux comprendre les interactions entre le corps, le cerveau, les émotions et l’environnement permet de l’aborder avec davantage de précision, de compassion et de possibilités thérapeutiques.
Lumley, M. A., Krohner, S., Marshall, L. M., Kitts, T. C., Schubiner, H., & Yarns, B. C. (2021). Emotional awareness and other emotional processes: implications for the assessment and treatment of chronic pain. Pain Management, 11(3), 325–332.
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Cet article a une visée informative et ne remplace pas une évaluation ou un avis médical individuel.
Douleur nociplastique : une étude met en évidence des différences dans le fonctionnement cérébral, une étude proposée par Jasmine Wilson le 02/09/2026
Une étude publiée en 2026 dans la revue scientifique PAIN a étudié le fonctionnement cérébral de 90 personnes souffrant de douleur chronique, réparties selon le mécanisme prédominant de leur douleur : nociplastique, nociceptive ou neuropathique.
Les chercheurs ont utilisé une technique associant stimulation magnétique transcrânienne (TMS) et électroencéphalographie (EEG) afin d'étudier les réponses et les interactions entre plusieurs régions cérébrales impliquées dans différentes dimensions de l'expérience douloureuse.
Les résultats montrent que les trois classifications mécanistiques de la douleur sont associées à des profils différents de dynamique et de connectivité corticales, alors même que l'intensité de la douleur était similaire entre les groupes. Les chercheurs ont notamment identifié des différences entre les groupes nociplastique et neuropathique dans plusieurs mesures de l'activité cérébrale.
L'étude apporte ainsi de nouvelles données neurophysiologiques montrant que la classification clinique des douleurs chroniques selon leurs mécanismes - nociceptif, neuropathique ou nociplastique - correspond à des différences mesurables dans le fonctionnement des réseaux cérébraux.
Référence : De Martino E, Nascimento Couto B, Midtgaard Bach M, et al. Patients with different putative chronic pain mechanisms have different cortical complexity and synchrony. PAIN. 2026;167(8):1920–1931.
Une méta-analyse publiée en 2026 dans l’European Journal of Pain a rassemblé 60 essais randomisés incluant 6 692 personnes souffrant de douleur chronique afin d’évaluer l’effet des interventions basées sur l’acceptation et la mindfulness sur la flexibilité psychologique.
Les résultats montrent une amélioration significative de la flexibilité psychologique globale, aussi bien juste après le traitement qu’à moyen et long terme. L’effet était particulièrement net sur l’acceptation de la douleur, avec des bénéfices également retrouvés au-delà de six mois. En revanche, les résultats concernant l’action engagée et les valeurs n’étaient pas significatifs.
Cette étude soutient l’intérêt des approches ACT et mindfulness pour aider les personnes vivant avec une douleur chronique à développer une relation plus flexible avec leurs sensations, pensées et émotions, et notamment à réduire la lutte contre l’expérience douloureuse. Les auteurs identifient ainsi la flexibilité psychologique comme une cible clinique pertinente dans la prise en charge de la douleur chronique.
Référence : Sanabria-Mazo JP et al. Do Acceptance- and Mindfulness-Based Interventions Improve Psychological Flexibility in People With Chronic Pain? A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. European Journal of Pain. 2026;30(7):e70342.
Une étude publiée dans le Journal of Psychosomatic Research a évalué la Pain Reprocessing Therapy (PRT) chez des adultes souffrant de douleur chronique généralisée (chronic widespread pain).
Cet essai clinique randomisé pilote a inclus 53 participants, répartis entre un groupe recevant la PRT et un groupe bénéficiant d’une psychoéducation. Le programme PRT comprenait une séance initiale d’évaluation et d’éducation, suivie de huit séances individuelles hebdomadaires d’une heure.
À 12 semaines, les résultats étaient en faveur de la PRT sur l’ensemble des critères secondaires évalués, notamment l’intensité de la douleur, son interférence dans la vie quotidienne, la fatigue, la kinésiophobie, l’anxiété, la dépression et la qualité de vie.
L’adhésion au traitement était élevée : les participants du groupe PRT ont suivi en moyenne 7,8 séances sur 8.
Cette étude montre que la PRT peut être mise en œuvre auprès de personnes souffrant de douleur chronique généralisée et fournit des données cliniques en faveur de son utilisation dans cette population.
Référence :
Sit RWS, Chan CYK, Fong HPY, et al. Pain reprocessing therapy in adults with chronic widespread pain: A pilot randomized clinical trial. Journal of Psychosomatic Research. 2026;208:112688.
Lien vers l’étude :
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022399926001728
Une étude publiée en 2026 dans JAMA Internal Medicine s’est intéressée au lien entre les anomalies de la coiffe des rotateurs observées à l’IRM et la présence de symptômes à l’épaule.
Les chercheurs ont réalisé une évaluation clinique ainsi qu’une IRM des deux épaules chez 602 adultes finlandais âgés de 41 à 76 ans.
Une anomalie de la coiffe des rotateurs a été observée chez 98,7 % des participants :
25 % présentaient une tendinopathie ;
62 % une déchirure partielle ;
11 % une déchirure complète.
Ces anomalies étaient présentes dans 96 % des épaules asymptomatiques, contre 98 % des épaules symptomatiques. Après prise en compte de l’âge, du sexe, des autres résultats de l’IRM et de l’examen clinique, les différences entre les deux groupes devenaient minimes.
Ces résultats suggèrent que de nombreuses modifications observées à l’IRM après 40 ans peuvent correspondre à des changements courants liés à l’âge, sans constituer nécessairement la cause des symptômes.
L’étude rappelle donc l’importance de ne pas interpréter un résultat d’imagerie isolément. Celui-ci doit être mis en relation avec l’histoire de la personne, les circonstances d’apparition de la douleur, l’examen clinique et l’ensemble des facteurs pouvant influencer les symptômes.
Elle souligne également l’importance des mots employés pour expliquer les résultats. Des termes comme « déchirure », « lésion » ou « dégénérescence », lorsqu’ils ne sont pas correctement contextualisés, peuvent susciter de l’inquiétude et renforcer la perception de fragilité.
Cette étude ne signifie pas que toutes les douleurs d’épaule sont neuroplastiques ou nociplastiques, ni que l’imagerie est inutile. Elle montre cependant qu’une anomalie structurelle visible à l’IRM ne permet pas, à elle seule, d’identifier l’origine de la douleur ou de déterminer le traitement le plus approprié.
Référence : Ibounig T. et al. Incidental Rotator Cuff Abnormalities on Magnetic Resonance Imaging. JAMA Internal Medicine, 2026.
Le Recovery Report, publié en juillet 2026 par la Dre Sarah Cefai, analyse 75 interviews de personnes se déclarant rétablies, ou en cours de rétablissement, d’un syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) ou de pathologies associées.
Son objectif n’est pas d’évaluer l’efficacité d’un traitement particulier, mais d’examiner les récits de rétablissement afin d’identifier les expériences, les compréhensions et les changements qui reviennent régulièrement.
Une question essentielle traverse ce travail : que pouvons-nous apprendre des personnes qui racontent avoir retrouvé leur santé ?
L’analyse met en évidence des similitudes importantes entre les différents parcours. Bien que chaque histoire demeure personnelle, les témoignages font apparaître plusieurs thèmes récurrents :
la découverte que le rétablissement peut être possible ;
le rôle de l’espoir et de la confiance dans la capacité du corps à évoluer ;
l’adoption d’une nouvelle compréhension des symptômes ;
la reprise progressive d’un sentiment de pouvoir agir ;
la découverte d’approches prenant en compte les interactions entre le cerveau, le corps, les émotions et l’environnement ;
l’importance du soutien, de la communauté et des témoignages d’autres personnes ;
une évolution du rapport à soi, à ses limites et à son mode de vie.
Le rapport souligne également que de nombreuses personnes interrogées décrivent une transformation plus large que la seule diminution de leurs symptômes. Elles évoquent notamment une meilleure connaissance d’elles-mêmes, davantage de compassion envers elles-mêmes, une modification de certaines tendances au perfectionnisme ou au surinvestissement, ainsi qu’une nouvelle manière de poser leurs limites.
Pour certaines personnes interrogées, entendre parler d’autres parcours de rétablissement a constitué un tournant. Ces témoignages leur ont permis d’envisager une possibilité qu’elles ne pensaient plus accessible.
Les récits de rétablissement peuvent ainsi remplir plusieurs fonctions :
rendre l’espoir plus concret ;
rompre l’isolement ;
transmettre des connaissances issues de l’expérience ;
offrir des pistes de compréhension ;
montrer qu’il existe différentes trajectoires d’amélioration ;
encourager de nouvelles recherches.
Le rapport présente ces récits comme une forme d’intelligence collective. Ils ne remplacent ni la recherche médicale ni l’accompagnement individualisé, mais ils peuvent apporter des informations précieuses sur l’expérience vécue de la maladie et du rétablissement.
Plusieurs participants rapportent avoir reçu le message qu’ils ne pourraient pas se rétablir et qu’ils devraient simplement apprendre à vivre avec leurs symptômes.
Selon l’analyse de la Dre Sarah Cefai, ce discours de non-rétablissement peut provoquer de la peur, de la détresse et une perte d’espoir. Le rapport invite donc les professionnels de santé, les chercheurs, les responsables publics et les associations de patients à s’interroger sur la manière dont le pronostic et les informations relatives à la maladie sont communiqués.
Il ne s’agit pas de promettre une guérison ni de nier la gravité de ces pathologies. Il s’agit d’éviter de présenter l’absence actuelle de traitement universel comme la preuve qu’aucune évolution favorable n’est possible.
Une communication équilibrée pourrait reconnaître simultanément :
la réalité et la complexité des symptômes ;
la diversité des situations individuelles ;
les limites actuelles des connaissances scientifiques ;
l’existence de trajectoires d’amélioration et de rétablissement ;
la nécessité de poursuivre les recherches sur ces trajectoires.
La conclusion centrale du rapport est que les expériences de rétablissement présentent des caractéristiques récurrentes. Leur étude pourrait donc nous aider à mieux comprendre les conditions susceptibles de favoriser une amélioration.
Les récits analysés associent notamment le rétablissement à une évolution de la compréhension des symptômes, à l’espoir, à l’autodétermination, au soutien social et à une transformation du rapport à soi.
L’autrice appelle les médecins, les chercheurs, les responsables politiques et les associations à dialoguer davantage avec les personnes qui se sont rétablies. Elle invite également la recherche à ne pas étudier uniquement les causes, les symptômes et la chronicité, mais aussi les trajectoires de rétablissement.
Ce rapport constitue une étude qualitative et socioculturelle. Il ne s’agit pas d’un essai clinique évaluant un traitement.
Les 75 interviews proviennent de la chaîne YouTube de Raelan Agle et concernent des personnes sélectionnées précisément parce qu’elles témoignent d’un rétablissement ou d’une amélioration. Cet échantillon ne peut donc pas être considéré comme représentatif de toutes les personnes souffrant d’EM/SFC ou de pathologies associées.
Cette analyse ne permet pas non plus d’établir :
que toutes les personnes peuvent se rétablir de la même manière ;
qu’une approche particulière est efficace pour tous ;
que les éléments évoqués ont directement causé les rétablissements ;
que les diagnostics et les niveaux de rétablissement ont tous été vérifiés médicalement de façon indépendante ;
ni quelle proportion de l’ensemble des personnes malades pourrait connaître une évolution similaire.
Ces limites ne rendent pas les témoignages inutiles. Elles déterminent simplement le type de conclusions que l’on peut en tirer. Ces récits permettent d’identifier des thèmes communs et de formuler de nouvelles hypothèses, qui devront ensuite être étudiées à l’aide de méthodologies complémentaires.
Pendant longtemps, la recherche sur les maladies chroniques s’est principalement concentrée sur les facteurs de risque, les mécanismes de chronicisation et les limitations fonctionnelles. Ces travaux restent indispensables. Mais l’étude des personnes qui connaissent une amélioration importante peut offrir une autre source de connaissances.
Pour l’AFDSN, le message essentiel de ce rapport pourrait être :
Les témoignages de rétablissement ne constituent pas, à eux seuls, une preuve d’efficacité thérapeutique. Cependant, leur cohérence et les schémas communs qu’ils révèlent justifient qu’ils soient écoutés, documentés et intégrés aux futures recherches sur les trajectoires de rétablissement.
Reconnaître la possibilité d’une évolution favorable ne signifie pas faire une promesse individuelle. Cela signifie laisser une place scientifiquement responsable à l’espoir, tout en continuant à rechercher, avec rigueur, ce qui peut réellement aider les personnes concernées.
Sarah Cefai, Recovery Report: What 75 YouTube Interviews Say About Recovery from Chronic Fatigue Syndrome and/or Related Illnesses – Executive Summary, juillet 2026.
Le rapport original et les informations complémentaires sont disponibles en anglais sur :
www.recoveryispossible.info
Cette synthèse française a été rédigée par l’AFDSN à des fins d’information. Elle ne constitue pas une traduction officielle du rapport. Elle ne remplace pas un avis médical ni une évaluation individualisée.
Ashar YK, Gordon A, Schubiner H, et al. Effect of Pain Reprocessing Therapy vs Placebo and Usual Care for Patients With Chronic Back Pain: A Randomized Clinical Trial. JAMA Psychiatry. 2022;79(1):13-23. doi:10.1001/jamapsychiatry.2021.2669.
Publication originale en accès libre :
Consulter l’étude dans JAMA Psychiatry
La lombalgie chronique constitue une cause majeure d’incapacité. Les auteurs indiquent que, dans environ 85 % des cas, aucune cause périphérique définitive ne peut être identifiée. Ces douleurs sont notamment désignées comme des lombalgies chroniques primaires, non spécifiques, nociplastiques ou centralisées.
Selon les auteurs, les facteurs susceptibles de maintenir ces douleurs comprennent la peur, l’évitement et la croyance selon laquelle la douleur indique une lésion. Les traitements psychologiques et comportementaux sont recommandés pour ce type de douleur, mais leurs effets sur l’intensité douloureuse sont généralement limités. (JAMA Network)
L’objectif était d’évaluer si une intervention psychologique appelée Pain Reprocessing Therapy, ou PRT, pouvait produire une diminution importante et durable de la douleur chez des personnes souffrant de lombalgie chronique primaire.
La PRT visait à modifier les croyances des participants concernant les causes de leur douleur et la menace qu’elle représentait. Les chercheurs ont également étudié les mécanismes du traitement à l’aide d’analyses de médiation et d’imagerie cérébrale fonctionnelle. (JAMA Network)
L’étude a inclus 151 adultes, âgés de 21 à 70 ans, souffrant de lombalgie chronique depuis au moins six mois.
Au début de l’étude :
54 % des participants étaient des femmes ;
l’âge moyen était de 41,1 ans ;
l’intensité moyenne de la douleur était de 4,10 sur 10 ;
la durée moyenne de la douleur était de 10 ans ;
la douleur et le niveau d’incapacité étaient, en moyenne, d’intensité faible à modérée. (JAMA Network)
Les participants ont été répartis aléatoirement dans trois groupes :
Cinquante participants ont été affectés au groupe Pain Reprocessing Therapy.
Ils ont reçu :
une séance de télésanté avec un médecin ;
huit séances psychologiques réparties sur quatre semaines.
Le traitement visait à aider les participants à reconceptualiser leur douleur comme étant liée à une activité cérébrale non dangereuse plutôt qu’à une lésion persistante des tissus périphériques.
La PRT associait des techniques cognitives, somatiques et fondées sur l’exposition. (JAMA Network)
Cinquante et un participants ont reçu une injection sous-cutanée de solution saline dans le dos.
Les participants savaient que l’injection était un placebo et ne contenait pas de médicament actif. (JAMA Network)
Cinquante participants ont poursuivi leurs soins habituels sans recevoir d’intervention supplémentaire dans le cadre de l’étude. (JAMA Network)
Le critère principal était l’intensité moyenne de la douleur dorsale ressentie au cours de la semaine précédente, mesurée sur une échelle allant de 0 à 10 à la fin de la période de traitement.
Les chercheurs ont également calculé la proportion de participants présentant :
une réduction de la douleur d’au moins 30 % ;
une réduction de la douleur d’au moins 50 % ;
un score de douleur de 0 ou 1 sur 10, défini dans l’étude comme un état sans douleur ou presque sans douleur. (JAMA Network)
À la fin des quatre semaines, l’intensité moyenne de la douleur était de :
1,18 sur 10 dans le groupe PRT ;
2,84 sur 10 dans le groupe placebo ;
3,13 sur 10 dans le groupe de soins habituels.
Les différences entre le groupe PRT et chacun des deux groupes de comparaison étaient statistiquement significatives. (JAMA Network)
À la fin du traitement :
33 participants sur 50 du groupe PRT, soit 66 %, rapportaient une douleur nulle ou presque nulle ;
10 participants sur 51 du groupe placebo, soit 20 %, rapportaient ce résultat ;
5 participants sur 50 du groupe de soins habituels, soit 10 %, rapportaient ce résultat.
Parmi les 45 participants ayant effectivement commencé la PRT, 33, soit 73 %, rapportaient une douleur nulle ou presque nulle après le traitement. (JAMA Network)
À un an, l’intensité moyenne de la douleur était de :
1,51 sur 10 dans le groupe PRT ;
2,79 sur 10 dans le groupe placebo ;
3,00 sur 10 dans le groupe de soins habituels.
Les auteurs indiquent que les effets du traitement sur la douleur étaient largement maintenus lors du suivi à un an. (JAMA Network)
Selon les analyses de médiation rapportées par les auteurs, les effets du traitement sur la douleur étaient associés à une diminution de la croyance selon laquelle la douleur indiquait une lésion des tissus.
L’imagerie cérébrale fonctionnelle longitudinale a également montré plusieurs différences entre les groupes après le traitement, notamment :
une réduction des réponses à la douleur dorsale provoquée dans le cortex cingulaire médian antérieur et le cortex préfrontal antérieur dans le groupe PRT par rapport au groupe placebo ;
une réduction des réponses dans l’insula antérieure dans le groupe PRT par rapport au groupe de soins habituels ;
une augmentation de la connectivité au repos entre le cortex préfrontal antérieur, l’insula antérieure et le cortex somatosensoriel primaire dans le groupe PRT par rapport aux deux groupes de comparaison ;
une augmentation de la connectivité entre le cortex cingulaire médian antérieur et le précuneus dans le groupe PRT par rapport au groupe de soins habituels. (JAMA Network)
Les auteurs concluent qu’un traitement psychologique centré sur la modification des croyances concernant les causes de la douleur et sa valeur menaçante peut apporter un soulagement important et durable chez des personnes souffrant de lombalgie chronique primaire. (JAMA Network)
Ashar YK, Low EL, Knight K, et al. Pain Reprocessing Therapy vs Placebo and Usual Care for Patients With Chronic Back Pain: 5-Year Follow-Up of a Randomized Clinical Trial. JAMA Psychiatry. 2025;82(10):1049-1051. doi:10.1001/jamapsychiatry.2025.1844.
Publication du suivi en accès libre :
Consulter le suivi à cinq ans dans JAMA Psychiatry
Cette analyse secondaire avait pour objectif d’évaluer le maintien à long terme des résultats observés dans l’essai clinique initial.
En 2023, soit cinq ans après la répartition aléatoire des participants, les chercheurs les ont invités à compléter de nouvelles mesures concernant leur douleur et leur état clinique. (JAMA Network)
Sur les 151 participants de l’étude initiale, 113 participants, soit 75 %, ont fourni des données à cinq ans :
38 participants du groupe PRT ;
39 participants du groupe placebo ;
36 participants du groupe de soins habituels.
Les taux de participation au suivi étaient similaires entre les trois groupes. (JAMA Network)
À cinq ans, l’intensité moyenne ajustée de la douleur était de :
1,93 sur 10 dans le groupe PRT ;
3,19 sur 10 dans le groupe placebo ;
2,60 sur 10 dans le groupe de soins habituels.
Les participants du groupe PRT rapportaient une intensité douloureuse significativement plus faible que les participants du groupe placebo et du groupe de soins habituels. (JAMA Network)
Parmi les participants ayant répondu au suivi :
21 participants sur 38 du groupe PRT, soit 55 %, étaient sans douleur ou presque sans douleur ;
10 participants sur 39 du groupe placebo, soit 26 %, étaient sans douleur ou presque sans douleur ;
13 participants sur 36 du groupe de soins habituels, soit 36 %, étaient sans douleur ou presque sans douleur.
La différence entre les trois groupes était statistiquement significative. (JAMA Network)
Comparativement aux groupes placebo et soins habituels, les participants du groupe PRT présentaient également des améliorations significatives concernant :
l’interférence de la douleur dans la vie quotidienne ;
la dépression ;
la colère ;
l’attribution de la douleur à des processus impliquant l’esprit et le cerveau ;
les croyances relatives au caractère dangereux de la douleur, évaluées par le questionnaire TSK-11.
Les effets les plus importants concernaient les croyances relatives au danger et l’attribution de la douleur à des processus impliquant l’esprit et le cerveau. (JAMA Network)
Les auteurs concluent que la PRT a produit une réduction durable de la douleur chez des personnes souffrant de lombalgie chronique.
Ils indiquent que, si certains traitements psychologiques ont pour objectif d’améliorer la capacité à vivre avec la douleur chronique, leurs résultats montrent que la PRT peut permettre un rétablissement durable chez certains patients souffrant de lombalgie chronique. (JAMA Network)
Les auteurs indiquent comme principale limite que l’échantillon de l’essai initial présentait une lombalgie chronique d’intensité faible à modérée.
Ils précisent que des études évaluant la PRT auprès de personnes présentant des douleurs plus sévères sont nécessaires. (JAMA Network)
Dans l’essai initial, 66 % des participants affectés à la PRT rapportaient une douleur nulle ou presque nulle après quatre semaines de traitement.
Lors du suivi réalisé cinq ans après la répartition initiale, 55 % des participants du groupe PRT ayant fourni des données étaient encore sans douleur ou presque sans douleur.
Les auteurs rapportent une intensité douloureuse significativement plus faible dans le groupe PRT que dans les groupes placebo et soins habituels au suivi à cinq ans. (JAMA Network)
Cette fiche présente une synthèse des informations rapportées dans les deux publications scientifiques. Elle ne remplace pas une consultation, une évaluation ou un avis médical.